Algérie : la poursuite de la criminalisation des défenseurs des droits humains consterne une experte de l'ONU
07.08.2025 - 18:00:27 | prnewswire.co.uk, 30 January 2025 / PRN Africa / -- LâAlgĂ©rie continue Ă restreindre et harceler les dĂ©fenseurs des droits humains pour leurs activitĂ©s pacifiques, a fustigĂ© jeudi lâexperte indĂ©pendante de l'ONU sur la situation des dĂ©fenseurs des droits humains.
« Plus dâun an aprĂšs ma visite en AlgĂ©rie Ă la fin de 2023, je suis profondĂ©ment déçue de constater que des dĂ©fenseurs des droits humains qui travaillent dans des domaines dâactivitĂ© diffĂ©rents, y compris certains que jâai rencontrĂ©s, continuent dâĂȘtre arrĂȘtĂ©s arbitrairement, harcelĂ©s par la justice, intimidĂ©s et criminalisĂ©s en raison de leurs activitĂ©s pacifiques en vertu de dispositions pĂ©nales formulĂ©es en termes vagues , telles que âporter atteinte Ă la sĂ©curitĂ© nationaleâ », a prĂ©cisĂ© la Rapporteure spĂ©ciale sur la situation des dĂ©fenseurs des droits de lâhomme, Mary Lawlor.
Des procĂšs sur la base dâaccusations fallacieuses
Mme Lawlor a citĂ© en exemple le cas du journaliste indĂ©pendant et dĂ©fenseur des droits humains, Merzoug Touati, qui pendant plusieurs annĂ©es a fait lâobjet de procĂšs sur la base dâaccusations fallacieuses.
AccusĂ©s en vertu d'une disposition visant Ă lutter contre le terrorisme, rĂ©digĂ©e en terme vagues et souvent employĂ©e avec mauvais escient pour rĂ©primer la libertĂ© dâexpression
« Depuis 2024, il a Ă©tĂ© dĂ©tenu Ă trois reprises. Il a Ă©tĂ© rapportĂ© que, lors de sa derniĂšre arrestation en aoĂ»t 2024, sa famille aurait Ă©tĂ© victime de mauvais traitement. Il aurait ensuite subi des tortures physiques et psychologiques durant sa garde Ă vue pendant cinq jours », a fait valoir lâexperte.
« Il continue dâĂȘtre harcelĂ© par la justice, mĂȘme aprĂšs sa libĂ©ration », a ajoutĂ© Mme Lawlor, affirmant quâil sâagit dâun des cas les plus alarmants quâelle ait examinĂ© rĂ©cemment.
« Lâarrestation de trois avocats de dĂ©fense des droits humains et dâun jeune lanceur dâalerte entre fĂ©vrier et juillet 2024 est tout autant prĂ©occupante », a dĂ©clarĂ© Mary Lawlor, en soulignant les cas de Toufik Belala, Soufiane Ouali et Omar Boussag.
M. Belala a Ă©tĂ© convoquĂ© pour un interrogatoire Ă trois reprises depuis avril 2024. Il a finalement Ă©tĂ© accusĂ© dâavoir publiĂ© de fausses informations susceptibles de porter atteinte Ă la sĂ©curitĂ© nationale, avant dâĂȘtre libĂ©rĂ© sous contrĂŽle judiciaire.
Lâavocat dĂ©fenseur des droits humains Soufiane Ouali a Ă©tĂ© enlevĂ© de son domicile lors dâune violente descente de police au lever du soleil en juillet 2024, et placĂ© en dĂ©tention avec 14 autres personnes, y compris le jeune lanceur dâalerte Yuba Manguellet. Ils ont Ă©tĂ© accusĂ©s en vertu de lâarticle 87 bis du Code pĂ©nal, une disposition visant Ă lutter contre le terrorisme, qui est rĂ©digĂ©e en terme vagues et est souvent employĂ©e avec mauvais escient pour rĂ©primer la libertĂ© dâexpression, dâassociation et de rĂ©union pacifique.
Dâautres articles restrictifs du Code pĂ©nal ont Ă©tĂ© utilisĂ©s pour accuser lâavocat des droits humains Omar Boussag dâ« incitation Ă un attroupement non armĂ© » et dâ« outrage Ă corps constituĂ© » Ă la suite dâune publication dâun message sur Facebook.
« Ces cas ne sont pas les seuls », a déclaré Mme Lawlor.
La Rapporteure spĂ©ciale a ainsi Ă©galement citĂ© en exemple le dĂ©fenseur de lâenvironnement Karim Khima « poursuivi en justice depuis plusieurs annĂ©es pour avoir organisĂ© des manifestations contre un projet de construction de logements sur un site comportant des vestiges historiques, et pour exiger la protection de lâĂ©cosystĂšme autour du lac Mezaia, menacĂ© par un projet de construction de parc dâattractions ».
« Heureusement, il a finalement été acquitté », a-t-elle dit.
Les familles des disparu(e)s « malmenées »
Mme Lawlor a Ă©galement attirĂ© lâattention sur le cas du Collectif des familles de disparu(e)s, une organisation créée pendant la guerre civile algĂ©rienne des annĂ©es 1990 pour faire la lumiĂšre sur les disparitions forcĂ©es. Cette annĂ©e, le Collectif a Ă©tĂ© empĂȘchĂ©, Ă plusieurs reprises, dâorganiser des Ă©vĂ©nements en raison dâĂ©normes contingents de forces de police entourant le bureau de lâassociation Ă Alger.
Il a Ă©tĂ© rapportĂ© que les membres de lâassociation, dont beaucoup sont des mĂšres de personnes disparues, ainsi que leur avocate, auraient Ă©tĂ© malmenĂ©s et sommĂ©s de quitter les lieux Ă ces occasions.
« Je tiens Ă rĂ©pĂ©ter que jâai rencontrĂ© presque tous ces dĂ©fenseurs des droits de lâhomme », a dĂ©clarĂ© la Rapporteure spĂ©ciale. « Aucun dâentre eux ne sâengageait de quelque maniĂšre que ce soit des actes de violence. Ils doivent tous ĂȘtre traitĂ©s conformĂ©ment au droit international des droits de lâhomme, que lâAlgĂ©rie est tenue de respecter ».
Mme Lawlor a indiquĂ© quâau cours de sa visite en AlgĂ©rie, elle a Ă©galement rencontrĂ© beaucoup de fonctionnaires publics dans une atmosphĂšre dâĂ©changes constructifs.
« Je suis donc doublement déçue de constater que les restrictions Ă lâencontre des dĂ©fenseurs des droits de lâhomme se poursuivent », a dĂ©clarĂ© l'experte, affirmant quâelle est en contact avec le gouvernement de lâAlgĂ©rie sur cette question.
NOTE :
AdhĂšrent Ă ce communiquĂ© de presse : Mary Lawlor, Rapporteure spĂ©ciale sur la situation des dĂ©fenseurs des droits de lâhomme; Gina Romero, Rapporteure spĂ©ciale sur les droits Ă la libertĂ© de rĂ©union pacifique et Ă la libertĂ© dâassociation, et Margaret Satterthwaite, Rapporteure spĂ©ciale sur lâindĂ©pendance des juges et des avocats.
Les Rapporteurs spĂ©ciaux, les experts indĂ©pendants et les groupes de travail font partie de ce quâon appelle les procĂ©dures spĂ©ciales du Conseil des droits de lâhomme. Les experts des procĂ©dures spĂ©ciales travaillent bĂ©nĂ©volement ; ils nâappartiennent pas au personnel de lâONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indĂ©pendants de tout gouvernement ou de toute organisation et exercent leurs fonctions Ă titre individuel.
SOURCE
