Situation, Bureau

Situation des droits de l'homme et activités du Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l'homme en République démocratique du Congo

07.08.2025 - 18:00:21 | prnewswire.co.uk

Democratic Republic of the Congo

GENÈVE, 08 October 2024 / PRN Africa / -- Monsieur le Président,

Excellences,

La situation des droits humains en République démocratique du Congo continue de s'aggraver sous nos yeux.

Un mĂ©lange explosif d'escalade de la violence, d'intĂ©rĂȘts rĂ©gionaux et internationaux, d'entreprises exploitantes et d'une faiblesse de l’état de droit.

Au détriment d'un peuple déjà dévasté par des décennies de conflit.

Cette situation mĂ©rite l'attention immĂ©diate de la communautĂ© internationale, afin que les armes se taisent et qu'un espace pour la paix puisse ĂȘtre créé.

Lors de ma visite dans le pays en avril, j'ai soulevé plusieurs questions qui restent d'actualité.

Tout d'abord, l'impératif de mettre fin au conflit à l'Est.

Le nombre de victimes de violations et d’atteintes aux droits humains et de violations au droit international humanitaire continue d'augmenter. Entre le 1er juin 2023 et le 31 mai 2024, 85 % des violations et atteintes commises dans le pays ont eu lieu dans les provinces touchĂ©es par le conflit dans l'est du pays. Les membres de groupes armĂ©s seraient responsables de 61 % d'entre elles, ainsi que d'attaques meurtriĂšres contre des civils et des infrastructures civiles, notamment des Ă©coles et des hĂŽpitaux.

MalgrĂ© certains efforts de prĂ©vention et d'enquĂȘte, les violences sexuelles se rĂ©pandent, avec 700 nouvelles victimes identifiĂ©es au cours de la seule pĂ©riode couverte par le rapport. Les groupes armĂ©s enlĂšvent, retiennent en captivitĂ© et soumettent les femmes et les filles Ă  l'esclavage sexuel. Nombre d'entre elles ont Ă©tĂ© tuĂ©es aprĂšs avoir Ă©tĂ© violĂ©es. Les cas ne sont certainement pas tous signalĂ©s. C'est atroce.

Selon des sources humanitaires, 940 000 personnes de plus ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es Ă  l'intĂ©rieur du pays cette annĂ©e, ce qui porte le nombre total de personnes dĂ©placĂ©es Ă  l'intĂ©rieur du pays Ă  plus de 6,4 millions. Le pays compte 23,4 millions de personnes en situation d'insĂ©curitĂ© alimentaire, ce qui en fait le pays le plus touchĂ© par l'insĂ©curitĂ© alimentaire dans le monde. Je demande instamment Ă  toutes les parties de respecter le caractĂšre civil des sites qui accueillent des personnes dĂ©placĂ©es. J’en appelle Ă  la communautĂ© internationale d’accroitre le financement de l’aide humanitaire.

Les violations des droits humains commises par les forces de défense et de sécurité congolaises, notamment au cours de leurs opérations militaires contre les groupes armés, restent également préoccupantes.

Les discours de haine et autres incitations Ă  la discrimination et Ă  la violence alimentent le conflit et accroissent les tensions politiques dans tout le pays et ne doivent pas ĂȘtre tolĂ©rĂ©s. Je salue la position publique des autoritĂ©s et les efforts dĂ©ployĂ©s pour s'attaquer Ă  ce problĂšme et j'offre le soutien continu de mon Bureau.

Monsieur le Président,

Je demande instamment aux pays qui exercent une influence sur les groupes armés de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que les combats cessent. Tout rÎle joué par le Rwanda dans le soutien au M23 au Nord-Kivu - et par tout autre pays soutenant des groupes armés actifs en RDC - doit cesser.

Les autoritĂ©s doivent ĂȘtre pleinement en mesure d'assumer leur rĂŽle dans l'Est pour assurer la sĂ©curitĂ© ainsi que les services publics essentiels. L'État doit Ă©galement combattre l’impunitĂ©, et offrir des recours efficaces aux victimes de violations et d'atteintes aux droits humains, y compris l'accĂšs Ă  la justice grĂące Ă  un systĂšme judiciaire Ă©quitable et efficace.

J'encourage la revitalisation des processus de Nairobi et de Luanda. Et mon bureau est prĂȘt Ă  soutenir la mission de la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de l'Afrique australe en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (SAMIDRC) et les pays contributeurs de troupes dans le dĂ©veloppement et la mise en Ɠuvre d'un cadre opĂ©rationnel solide pour les droits humains et le droit international humanitaire.

Le retrait progressif de la MONUSCO devrait ĂȘtre entrepris de maniĂšre responsable et en temps opportun, en veillant Ă  ce que la protection des civils reste au centre des prĂ©occupations. Je salue le leadership de la ReprĂ©sentante spĂ©ciale du SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, Bintou Keita, qui veille Ă  ce que les droits humains occupent une place centrale dans le travail de la mission et de l’équipe pays des Nations Unies, y compris dans cette pĂ©riode de transition.

DeuxiÚmement, la lutte contre l'impunité et le rétablissement de la cohésion sociale.

Les griefs et les divisions ethniques et communautaires à l'origine des conflits et de l'instabilité sont restés trop longtemps sans réponse.

Et elles persisteront si l'on ne s'efforce pas de reconstruire la cohésion sociale.

Pour ce faire, l'obligation de rendre des comptes est essentielle. Je salue les efforts dĂ©ployĂ©s par les autoritĂ©s dans ce domaine. Entre juin de l’annĂ©e derniĂšre et mai de cette annĂ©e, 79 soldats des FARDC, 23 officiers de la PNC, 315 membres de groupes armĂ©s et 105 civils ont Ă©tĂ© condamnĂ©s pour des infractions liĂ©es Ă  des violations et atteintes graves aux droits de l'homme.

Il faut aller encore plus loin. Des mĂ©canismes efficaces de rĂ©solution des conflits, formels et informels, doivent ĂȘtre mis en place.

L'adoption et la mise en Ɠuvre d'une politique de justice transitionnelle holistique, centrĂ©e sur les victimes et inclusive aiderait Ă©galement le pays Ă  faire face Ă  son passĂ© trouble. Mon Bureau ainsi que l’équipe des experts internationaux vont continuer Ă  soutenir les autoritĂ©s Ă  cette fin.

Monsieur le Président,

Les conditions de détention se détériorent dans toute la RDC. Dans les centres de détention gérés par les services de renseignements, en particulier, un certain nombre de détenus sont soumis à la torture et à d'autres mauvais traitements, y compris des violences sexuelles, et sont détenus dans des conditions désastreuses souvent sans accÚs à leurs familles et à leurs avocats.

Je prends note des efforts rĂ©cents visant Ă  rĂ©duire la surpopulation carcĂ©rale et j'exhorte les autoritĂ©s Ă  garantir des enquĂȘtes complĂštes et transparentes sur les meurtres et les viols de dĂ©tenus survenus le 2 septembre Ă  la prison centrale de Makala, Ă  Kinshasa.

L'indĂ©pendance de mon Bureau dans la conduite des enquĂȘtes constitue un moyen de soutien pour la protection des droits humains en RDC.

Je reste préoccupé par la levée, en mars, du moratoire de fait sur la peine de mort - il s'agit d'un grand pas en arriÚre, qui va à contre-courant de la tendance à l'abolition observée en Afrique et dans le monde entier. 128 hommes ont depuis été condamnés à mort par des tribunaux militaires. Je demande instamment aux autorités de veiller à ce que ces condamnations ne soient pas exécutées et de finaliser le processus législatif déjà en cours en vue d'abolir la peine de mort.

TroisiÚmement, le produit des ressources naturelles doit bénéficier à la population

La RDC est dotĂ©e de ressources naturelles exceptionnelles, notamment de minerais tels que le cobalt, le coltan, l’or et le cuivre, d'un potentiel hydroĂ©lectrique important, de vastes terres arables, d'une immense biodiversitĂ© et de la deuxiĂšme plus grande forĂȘt tropicale au monde.

Pourtant, l'accaparement des ressources provenant de l'exploitation illĂ©gale et du commerce illicite des ressources naturelles de la RDC, avec la complicitĂ© d'entreprises Ă  l'intĂ©rieur et Ă  l'extĂ©rieur du pays, ainsi que la prolifĂ©ration et le trafic d'armes, continuent d'ĂȘtre parmi les principaux moteurs de la violence actuelle.

Cette situation plonge Ă©galement la population dans la pauvretĂ©. La RDC est l'une des cinq nations les plus pauvres du monde. Environ une personne sur six vivant dans l'extrĂȘme pauvretĂ© en Afrique subsaharienne vit en RDC. Cette situation est inacceptable.

Ce qui me frappe c’est de savoir Ă  quel point la situation dans l’est est liĂ©e Ă  notre vie quotidienne, comme nos portables qui sont nourris par les minĂ©raux de l’est.

J’exhorte les autoritĂ©s, ainsi que les acteurs rĂ©gionaux et internationaux Ă  se pencher sur ces questions, et les acteurs du secteur privĂ© actifs dans ce domaine Ă  assumer pleinement leurs responsabilitĂ©s en matiĂšre de droits humains.

Dans ce contexte, je tiens Ă  souligner le travail du Panel mis en place par le SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies sur les minĂ©raux critiques pour la transition Ă©nergĂ©tique - il serait trĂšs important d’étudier et d'utiliser les recommandations formulĂ©es dans leur rapport final.

Monsieur le Président,

Les habitants de la RDC sont épuisés par la violence, épuisés par le conflit, épuisés par les horreurs de leur vie quotidienne.

Ils ont besoin d'avoir et, surtout, d’envisager un avenir.

Les défenseurs des droits humains qui défendent sans relùche la dignité et la paix doivent bénéficier de tout notre soutien.

Assurer la paix, le dĂ©veloppement et le renforcement de la cohĂ©sion sociale en RDC doit ĂȘtre notre objectif commun.

Il incombe à toute personne de ne pas détourner le regard et de travailler - avec constance - à cet avenir.

Je vous remercie.

SOURCE Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme

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