Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Volker TĂŒrk conclut sa visite officielle en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo
07.08.2025 - 18:00:19 | prnewswire.co.ukGENĂVE, 18 April 2024 / PRN Africa / -- Bonsoir, et merci d'ĂȘtre venus.
Câest ma premiĂšre visite en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, bien que j'y sois dĂ©jĂ venu Ă plusieurs reprises. Je remercie le PrĂ©sident de m'avoir invitĂ©, et je suis reconnaissant de l'excellente coopĂ©ration avec le gouvernement et tous nos partenaires.
L'immensitĂ© de cette nation - qui sâĂ©tend sur une superficie gĂ©ographique Ă©quivalente Ă celle de l'Europe occidentale - est marquante.
La RDC est immensĂ©ment riche de la rĂ©silience et de la force de son peuple. Elle dispose Ă©galement d'abondantes ressources naturelles. Ce pays pourrait tout simplement ĂȘtre l'un des plus riches du monde. Mais malheureusement, il est aujourd'hui l'un des plus pauvres.
Les dĂ©fis du pays en matiĂšre des droits humains sont nombreux et complexes. Permettez-moi de me concentrer sur la situation dans les provinces de lâest, oĂč vit une population Ă©puisĂ©e et profondĂ©ment traumatisĂ©e, Ă©crasĂ©e par des dĂ©cennies de guerre et de conflit.
Au Nord-Kivu, le groupe armĂ© M23 continue de semer la terreur, tuant et enlevant la population locale, et sâattaquant frĂ©quemment aux dĂ©fenseurs des droits humains, aux journalistes et aux leaders des communautĂ©s. Des enfants sont Ă©galement recrutĂ©s de force dans ses rangs.
Depuis octobre, cinq-cents-mille personnes ont été déplacées des zones contrÎlées par le M23, ce qui porte le nombre total des personnes déplacées à prÚs de 2,7 millions.
En Ituri, outre les affrontements intercommunautaires entre les groupes armés CODECO et Zaïre, le groupe armé ADF (Forces démocratiques alliées) multiplie les attaques contre la population civile, entraßnant plusieurs abus flagrants des droits humains et des violations graves du droit international humanitaire. à ce jour, la province compte quelque 1,8 million de personnes déplacées.
Les forces de sécurité nationales et les milices comme le Wazalendo commettent également des violations des droits humains qu'il faut prévenir.
Au cours de ma mission, j'ai visitĂ© des camps de personnes dĂ©placĂ©es Ă Bunia, dans la province d'Ituri, et Ă Goma, dans la province du Nord-Kivu. Bien que les conflits qui se dĂ©roulent dans ces deux provinces soient diffĂ©rents, le rĂ©sultat est tragiquement similaire. Les personnes prĂ©sentes sur les deux sites mâont dĂ©crit comment elles avaient fui les combats et quâelles cherchaient dĂ©sespĂ©rĂ©ment de l'aide et du soutien. Elles ont Ă©galement exprimĂ© leur profond dĂ©sir de rentrer chez elles. Comme me l'a dit un dĂ©fenseur des droits humains : « La guerre nous a tout volĂ©, y compris notre avenir. »
Le nombre des victimes des violences sexuelles a considĂ©rablement augmentĂ© dans les zones oĂč se dĂ©roulent les combats, mais aussi dans les camps. Dans le camp de dĂ©placĂ©s de Bulengo Ă Goma, mes interlocuteurs m'ont dĂ©crit comment les femmes Ă©taient attaquĂ©es alors qu'elles allaient chercher du bois pour prĂ©parer les repas, et comment certaines femmes et filles Ă©taient obligĂ©es de se vendre pour survivre.
Il est impĂ©ratif que l'Ătat soit en mesure de jouer pleinement son rĂŽle Ă l'Est, pour assurer non seulement la sĂ©curitĂ©, mais aussi l'Ă©ducation, la santĂ© et un systĂšme judiciaire efficace et Ă©quitable.
Les pays qui soutiennent les groupes armĂ©s ou qui ont une influence sur eux doivent assumer leurs responsabilitĂ©s et veiller Ă ce que les combats cessent. Au Nord-Kivu, tout rĂŽle jouĂ© par le Rwanda dans le soutien au M23 doit cesser et une solution doit ĂȘtre trouvĂ©e de toute urgence. Il en va de mĂȘme pour tout pays qui soutient des groupes armĂ©s actifs en RDC.
Tous les Congolais ont droit à la paix. Sans paix, il n'y aura ni développement ni progrÚs.
L'une des causes profondes de bon nombre de ces conflits est l'exploitation des ressources naturelles de la RDC, qui appauvrit la population locale au lieu de lui profiter. Le gouvernement, ainsi que les puissances régionales et internationales, ont des obligations à cet égard. Le secteur privé a également des responsabilités importantes, y compris les entreprises qui extraient des ressources, telles que le coltan, qui sont si précieuses pour le monde.
Nous utilisons tous des téléphones portables dont l'utilisation est rendue possible, en grande partie, grùce aux ressources de la RDC. Le monde ne peut pas continuer à consommer sur le dos du peuple congolais. Chacun doit se poser la question de sa responsabilité.
La préoccupation immédiate des populations touchées par le conflit est leur sécurité. Les autorités congolaises et la communauté internationale doivent continuer à travailler en partenariat pour éviter un vide de protection qui mettrait davantage en danger les civils.
J'ai de rĂ©elles inquiĂ©tudes quant Ă ce qui pourrait arriver aux civils en cas de retrait prĂ©cipitĂ© de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO). Les forces nationales et d'autres forces rĂ©gionales et internationales jouent un rĂŽle essentiel Ă cet Ă©gard. Au cours de mes rĂ©unions, j'ai exhortĂ© la mission de la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de l'Afrique australe en RDC (SAMIDRC) Ă Ă©tablir et Ă mettre en Ćuvre un cadre solide de conformitĂ© aux droits humains et au droit international humanitaire afin d'Ă©viter quâil y ait les victimes civiles et de conserver le soutien et la confiance de la population, ce qui est essentiel.
L'impunité et l'absence de responsabilité sont également des causes profondes du cycle interminable de la violence.
JâapprĂ©cie le fait que les autoritĂ©s ont rĂ©cemment pris des mesures pour que certains responsables de violations des droits humains et d'abus rendent compte de leurs actes. Cependant, il reste encore beaucoup Ă faire. La corruption au sein des institutions de l'Ătat doit ĂȘtre efficacement combattue. L'administration de la justice doit ĂȘtre renforcĂ©e. Enfin, les premiĂšres mesures positives visant Ă mettre en place une justice transitionnelle pour traiter les crimes du passĂ©, rendre justice aux victimes et favoriser une paix et un dĂ©veloppement durables pour le pays doivent se traduire par des actions tangibles, cohĂ©rentes et concrĂštes. Pour ce faire, il est nĂ©cessaire de placer les victimes et les communautĂ©s concernĂ©es au centre du processus.
Je suis prĂ©occupĂ© par la rĂ©cente dĂ©cision du gouvernement de lever le moratoire sur lâapplication de la peine de mort. Les Nations Unies sont claires Ă ce sujet. La peine de mort devrait ĂȘtre abolie partout dans le monde.
Le dynamisme de la sociĂ©tĂ© civile congolaise me donne de l'espoir. Au cours de ma mission, j'ai rencontrĂ© des dĂ©fenseurs des droits humains dans l'est du pays et ici Ă Kinshasa. Jâai Ă©tĂ© impressionnĂ© par leurs idĂ©es, leur courage et leur engagement en faveur des droits humains. Leur sĂ©curitĂ© doit ĂȘtre protĂ©gĂ©e Ă tout moment et leur travail doit ĂȘtre soutenu par nous tous et toutes. Le maintien et la protection d'un espace civique ouvert, fort et libre sont essentiels pour consolider cette situation. La libertĂ© d'expression doit ĂȘtre protĂ©gĂ©e. Le rĂŽle vital des dĂ©fenseurs des droits humains, des journalistes et des partis politiques doit ĂȘtre respectĂ©.
J'ai Ă©galement exhortĂ© le gouvernement Ă redoubler dâefforts pour garantir une tolĂ©rance zĂ©ro Ă l'Ă©gard de l'incitation Ă la violence et des discours de haine.
En fin de compte, il est nĂ©cessaire de rĂ©unir les efforts et de renforcer la cohĂ©sion sociale en RDC. Un contrat social solide entre le peuple et le gouvernement est un Ă©lĂ©ment fondamental pour faire avancer ce pays dans l'intĂ©rĂȘt de tous et de toutes.
Mon bureau est présent en RDC depuis 1996 et travaille avec et pour le peuple congolais afin d'assurer la protection et la promotion des droits humains. Je peux vous assurer que nous sommes pleinement engagés à poursuivre ce travail avec le soutien de nos partenaires internationaux et nationaux.
Je vous remercie de votre attention.
SOURCE Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme
