RDC, VIH

En RDC, l'interruption de l’aide amĂ©ricaine Ă  la rĂ©ponse au VIH pourrait coĂ»ter des milliers de vies

Published on 08/07/2025 at 18:00 | prnewswire.co.uk

Democratic Republic of the Congo

NEW YORK, 12 March 2025 / PRN Africa / -- En RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC), l’ONU s’inquiĂšte du sort de milliers de Congolais recevant un traitement contre le VIH alors que plane la menace d’une interruption du financement de l’aide amĂ©ricaine.

« Une rupture de financement aura un impact direct sur la survie des personnes vivant avec le VIH », avertit dans un entretien avec ONU Info Susan Kasedde, la directrice en RDC de l’ONUSIDA, le programme onusien qui coordonne la lutte contre la pandĂ©mie de VIH/sida.

Une épidémie toujours en croissance

La RDC compte aujourd’hui environ 520.000 personnes vivant avec le VIH, dont 300.000 femmes et 50.000 enfants. L’épidĂ©mie continue de croĂźtre, comme l'indique le nombre de nouvelles infections presque deux fois plus Ă©levĂ© que celui des dĂ©cĂšs liĂ©s Ă  la maladie.

Environ 21.000 nouvelles infections de VIH ont été recensées en 2023, dont 7.000 parmi les enfants, pour 11.000 décÚs dus au sida en RDC.

Le pays figure parmi ceux dont les mesures de prévention de la transmission du VIH de la mÚre à l'enfant sont les plus faibles, comme le reflÚte le nombre important d'enfants congolais infectés.

Les femmes sont plus touchées

Selon Mme Kasedde, le fait que la majorité des adultes vivant avec le VIH soit des femmes est lié à la condition de la femme dans le pays.

Les taux inquiĂ©tants de violences sexuelles Ă  l’encontre des femmes en RDC accroissent leur exposition au VIH et Ă  d'autres maladies sexuelles transmissibles, mais, selon elle, « les violences ne sont qu’un facteur de surface liĂ© Ă  la condition de la femme congolaise en gĂ©nĂ©ral ».

« On peut parler de la vulnĂ©rabilitĂ© financiĂšre et de la dĂ©pendance envers les autres pour les aspects de protection et d'approvisionnement, et donc la condition de la femme joue clairement sur la santĂ©, la sĂ©curité  et le VIH n'est qu'une fenĂȘtre Ă  travers laquelle nous pouvons voir l'impact de cela », explique la haute responsable onusienne.

L'effet protecteur de l'école

« Nous savons que l'accÚs à la scolarisation est vraiment différent pour une jeune fille ici en RDC que pour un jeune homme », souligne Susan Kasedde.

Lorsque les jeunes filles se retrouvent Ă  travailler, ou Ă  chercher de l’eau, au lieu d’aller Ă  l’école elles risquent d'avoir des relations avec des partenaires plus ĂągĂ©s ou avec plusieurs partenaires. Leurs activitĂ©s peuvent les exposer au VIH, explique-t-elle, ajoutant que le mariage prĂ©coce est un facteur supplĂ©mentaire, outre la dĂ©scolarisation.

« Pendant que les garçons, jour aprĂšs jour, sont Ă  l'Ă©cole, en train d’apprendre
 ils sont protĂ©gĂ©s par l'environnement scolaire, qui rĂ©duit le risque physique, le risque environnemental mais aussi le risque en termes de l'exposition aux opportunitĂ©s », ajoute-t-elle. « Ces Ă©lĂ©ments exacerbent le risque que la jeune fille sera, Ă  un certain moment, exposĂ©e au VIH beaucoup plus tĂŽt peut ĂȘtre qu’un jeune homme ».

PrÚs de 90% des personnes vivant avec le VIH reçoivent un traitement

L'ONUSIDA et ses partenaires travaillent avec le gouvernement congolais pour mettre en Ɠuvre une rĂ©ponse nationale qui assure l'accĂšs Ă  des soins de qualitĂ© et Ă  la prĂ©vention, mais aussi la mise en oeuvre de politiques permettant la pĂ©rennisation des approches efficaces en matiĂšre de lutte contre le VIH.

« Le pays a rĂ©ussi Ă  mettre sous traitement 440.000 personnes vivant avec le VIH, soit au moins 87% des personnes ayant besoin de traitement », signale Mme Kasedde, notant qu’il reste encore beaucoup Ă  faire pour garantir un accĂšs au traitement Ă  100% des personnes vivant avec le VIH.

La moitié des traitements financée par les Etats-Unis

La rĂ©ponse au VIH en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo est financĂ©e Ă  80% par deux grands bailleurs de fonds, le programme de la prĂ©sidence des Etats-Unis PEPFAR [President’s Emergency Program for AIDS Remedy] et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

La contribution attendue du PEPFAR pour l'annĂ©e fiscale 2025 s’élĂšve Ă  105 millions de dollars et vise Ă  traiter la moitiĂ© des personnes vivant avec le VIH en RDC, soient 209.000 personnes.

« Cela veut dire que nous avons actuellement 440.000 personnes vivant avec le VIH qui sont sous traitement. Grùce à ce traitement, elles sont en vie ».

Comme beaucoup d’agences d’aide et de dĂ©veloppement Ă  travers le globe, l’ONUSIDA a reçu l’annonce du gel des financements amĂ©ricains au mois de janvier.

Mais l’aide est-elle vĂ©ritablement suspendue ?

« Ce n'est pas clair », observe Mme Kasedde. « Nous avons reçu des informations annonçant la continuation des activitĂ©s financĂ©es par PEPFAR mais pas toutes les activitĂ©s, ‘certaines activitĂ©s’. Et il est toujours question de savoir lesquelles ».

« Et puis le traitement ne peut pas fonctionner sans capacitĂ© opĂ©rationnelle, le traitement ne peut pas ĂȘtre assurĂ© s’il n'y a pas une chaĂźne d'approvisionnement qui fonctionne bien », souligne-t-elle, rappelant que les composantes de la rĂ©ponse au VIH en RDC sont largement interdĂ©pendantes et se renforcent les unes les autres.

Continuité des traitements : « la priorité des priorités »

Selon Mme Kasedde, une rupture de financement aurait un impact direct sur la survie des personnes vivant avec le VIH.

L’ONUSIDA et ses partenaires s'acharnent Ă  revoir les donnĂ©es, patient par patient, pour s’assurer du suivi des patients oĂč qu'ils se trouvent.

Pour illustrer la gravitĂ© de l’impact d’une Ă©ventuelle rupture de financement, la Directrice d’ONUSIDA en RDC cite en exemple l’impact des rĂ©centes ruptures de traitements provoquĂ©es par la crise sĂ©curitaire qui sĂ©vit depuis fin janvier Ă  Goma, dans l’est du pays, dĂ©sormais sous le contrĂŽle du groupe armĂ© M23, soutenu par le Rwanda.

Selon les informations rĂ©coltĂ©es par les acteurs communautaires avec lesquels l’ONUSIDA travaille depuis des annĂ©es, elle note qu’aprĂšs seulement quatre semaines de ruptures « environ 40% des personnes vivant avec le VIH qui bĂ©nĂ©ficient rĂ©guliĂšrement du soutien de l’organisation, Ă  domicile et autres, ne disposent plus de suffisamment de mĂ©dicaments pour assurer la continuitĂ© de leur traitement ».

« Et 8% sont décédées », martÚle-t-elle.

Cela souligne la fragilitĂ© de la santĂ© et la rapiditĂ© avec laquelle elle se dĂ©grade lorsqu’il y a rupture d'accĂšs aux services, aux mĂ©dicaments, Ă  l’appui psychosocial, et Ă  l'accompagnement communautaire.

Quel sort attend les 209.000 patients atteints du VIH qui dépendent du PEPFAR pour leur traitement ?

Selon la responsable de l’ONUSIDA en RDC, si le gel continue dans la durĂ©e « nous allons voir trĂšs rapidement des ruptures d'accĂšs aux mĂ©dicaments, puis trĂšs rapidement, des dĂ©cĂšs ».

« Nous risquons de perdre Ă©normĂ©ment de Congolais et de Congolaises Ă  cause de cette crise financiĂšre et de ces dĂ©cisions
 potentiellement des milliers ».

SOURCE Centre d'actualités de l'ONU

en | boerse | 68020170 |